Partant du constat que le rapport Geoderis 2019 (rendu public en 2024) concernait essentiellement le site de La Coste et n’évoquait que sommairement le site minier de la Grande Vernissière et ne s’était pas intéressé à celui de Cabanis, nous avons décidé de prospecter ces deux zones.

Ces deux territoires ont une histoire minière différente :

  • la Grande Vernissière, site historique, fut l’objet une exploitation importante d’abord artisanale, puis semi-industrielle, avec une activité qui a cessé avant la première guerre mondiale.
  • Cabanis, nom de la propriété actuellement abandonnée, correspond à plusieurs petits sites miniers situés sur le versant sud et répertoriés comme des « anciens travaux » dans plusieurs documents miniers (dont BRGM 1978-79).

 

Ces deux territoires sont géographiquement voisins mais distincts.

  • La Grande Vernissière située en altitude est drainée par un double réseau hydrographique avec sur le versant sud deux ruisseaux s’écoulant vers le SW et rejoignant le ruisseau du Crespenou au sud de Fressac et sur le versant nord, un drainage vers l’est, avec le ruisseau du Tresfont, puis le Vassorgues passant au nord de Durfort.
  • Cabanis est drainé par un ruisseau temporaire s’écoulant vers le SE et passant au sud de Durfort.

Le site minier historique de la Grande Vernissière et sa laverie
La zone d’exploitation et les dépôts associés

Nous sommes partis des données de la figure 41, page 100 du rapport Geoderis, 2019 et avons exploré les alentours.

  • Sur ce rapport, la zone d’exploitation constitue en une zone illustrée en contour continu orange intitulée « zone dépôt principale ». Nous avons parcouru à pied le coeur de cette zone, ainsi que sa périphérie et avons prospecté les chemins d’accès avoisinants.
  • Nous avons constaté que l’exploitation forestière est en pleine d’activité depuis quelques années et au-dessous du sol noir riche en matière organique apparait le substrat.
  • Dans certains cas il s’agit du substratum géologique formé de bancs calcaires de patine gris clair constitué de bancs faiblement inclinés.
  • Dans d’autres cas, il s’agit de haldes, c’est-à-dire de résidus d’exploitation contenant pour partie des fragments disloqués des calcaires précités et pour partie de fragments de minerais métalliques oxydés. Leur taille s’échelonne d’une dimension décimétrique à la dimension millimétrique visible. Leur présence va au-delà car ce sont ces mêmes éléments métalliques qui colorent le sol, plus ou moins rouge-orangé caractéristique de ces haldes.
  • Ces minerais sont identifiables à leur aspect caverneux, irrégulier et à leur couleur marron/rouge/orangé/jaune liée à la présence d’hydroxydes ferriques et ferreux dans des proportions variables. Ces derniers ne présentent, pas en eux-même, une toxicité, mais leur présence dans les sols miniers est le signe de la libération d’autres métaux et métalloïdes toxiques: zinc (Zn), plomb (Pb), arsenic (As), cadmium (Cd), thorium (Th), antimoine (Sb).
  • Ponctuellement se rajoutent à ces dépôts des carottes de forages réalisés au cours de la période d’exploitation.

Prairie à fétuques sommet du Grand Serre

Prairie à fétuques sommet du Grand Serre

Haldes à découvert (coupes de bois en cours) le Grand Serre

Carotte de forage, le Grand Serre

La crête au Nord Est de lexploitation de la Grande Vernissière correspond à une importante de dépôts de haldes, parfois végétalisée, sinon exploitée pour le bois de chauffage. Une prairie à flore mono spécifique à fétuque est présente tout comme aux haldes de La Coste.

  • L’exploitation était localisée (cf carte) :

d’une part dans les Travaux Nord et ont générés une importante quantité de haldes sur la ligne de crête (le Grand Serre) surplombant le ruisseau de Tresfont.

d’autre part dans la Carrière toujours visible et ont générés des haldes localisées à son niveau et en contrebas de cette dernière.

Les analyses de Geoderis dans ces haldes révèlent des taux particulièrement élevés en zinc et cadmium. Les valeurs de toxicité (en milligrammes par kilogramme de matière sèche) sont pour :

  • Le zinc 450 mg/Kg/Ms
  • Le cadmium 1 mg/Kg/Ms, 0,5mg/Kg/MS pour les enfants
  • Le plomb 300 mg/Kg/Ms
  • L’arsenic 60 mg/Kg/Ms, 30 mg/Kg/Ms pour les enfants de moins de six ans

Minerais métalliques oxydés

Au final, les coupes de bois récentes nous permettent de prolonger largement ce polygone délimité par Geoderis 2019 en direction de l’ouest en suivant la ligne de crête du Grand Serre de la Grande Vernisssière jusqu’à la côte 297. Au périmètre délimité par Geoderis, 2019, nous adjoignons ainsi soit une superficie de l’ordre de 15000 m2 à 20000 m2un prolongement vers l’est d’environ 300 m sur une largeur minimale <(limite nord inaccessible) d’une cinquantaine de mètres.

Carrière de la Grande Vernissière

Carrière (détail de haldes)

Le chemin de la laverie

Au Sud de la carrière de la Grande Vernissière, le chemin de la Laverie recoupe d’abord, un premier étagement de haldes grossières épaisses d’une vingtaine de mètres. A ce niveau s’observe le départ de ce qui fut un plan incliné permettant d’acheminer par vagonets les roches minéralisées sélectionnés vers la laverie située en contrebas.

Le mur de ce plan de faible déclivité est visible sur une centaine de mètres jusqu’à un nouveau dépôt, topographiquement plus bas, de haldes grossières d’épaisseur décamétrique qui constituent la limite sud d’un périmètre délimité par Géoderis.

Haldes grossières issues de la carrière

Par la suite, en contrebas, la structure construite du plan incliné se trouve ennoyée par le sol et la végétation. Le chemin longe alors une pastille de dépôts de haldes grossières, probablement associées à une recherche artisanale et/ou qui ont pu servir de substrat au plan incliné. En contrebas d’épaisses dalles calcaires faiblement inclinées ont constituées un substratum solide à cette structure. Enfin, à l’approche de la laverie, on retrouve dans le talus ouest du chemin des haldes rougeâtres de granulométrie moyenne rapportées ayant pu servir de ballast dans la zone d’aboutissement du plan incliné.

La Laverie et ses environs

Le chemin aboutit à des vestiges d’un édifice original complexe, la laverie, envahi par la végétation. On distingue plusieurs bassins de décantation en contrebas d’une maçonnerie conique (table de Linkenbach) ayant constitué une table de tri des minerais. Dans le prolongement des bassins se rencontre un judicieux système de recyclage d’eau (cf. Agar, 2022) qui gagnerait à être sauvegardé.

Des résidus de lavages constitués de boues grisâtres parsèment la zone à végétation clairsemée, et plus particulièrement au fond des bassins. Par ailleurs, une dizaine de mètres au-dessus de la laverie, se rencontre un vaste bassin rectangulaire (zone de stockage ?) dont le fond est recouvert d’une épaisse couche de fines de laveries de couleur beige à gris clair.

Table de Linkenbach

Détail fines de laveries, bassin du haut

Bassin du haut (fines de laveries)

Les opérations de séparation des minerais (essentiellement sulfures de Plomb et de Zinc) extraits de la Grande Vernissière étaient réalisées au niveau de cette laverie située à l’ouest du chemin, mais où étaient stockés les « stériles miniers » résiduels ?

Le ruisseau temporaire qui longe la laverie est surcreusé dans des alluvions rougeâtres, ferrugineux, particulièrement riches en fragments de roches originaires des haldes d’exploitations situées en amont. De part et d’autre, mais essentiellement en rive gauche du ruisseau, on peut observer que ces alluvions rougeâtres sont recouvertes par 2 à 2,5 m de dépôts gris très fins. La surface du dépôt est partiellement arborée mais également occupée par une clairière à fétuques.

Fines de laverie berges du ruisseau

Ainsi le replat situé en rive gauche du ruisseau constitue la zone de stockage des fines de laverie, résidus ultimes de l’ancienne exploitation minière.

 Le chemin situé en rive droite est localement chargé en métaux (métalloïdes (cf extrait Geoderis, 2019) avec des taux de plomb jusqu’à 20 fois supérieurs (6520 mg/kg/MS) au seuil de la toxicité des sols (300 mg/kg/MS. Corrélativement les analyses de thym indiquent des dépassements considérables des valeurs réglementaires en plomb comme en cadmium.

Le cadmium est toxique à partir de 1 mg/kg/MS et nous trouvons des dépassements de cinq à sept fois sur ce site.

Le bassin versant de la Grande Vernissière est séparé de celui du Cabanis par une ligne de crête, jalonnée de pastilles de haldes (Cf carte 2025) situées à la frontière des deux exploitations.

Les sites miniers dispersés de Cabanis

Le rapport Geoderis 2019 a mentionné un seul ensemble référencé 30_0047_B.

Il s’agit en fait de plusieurs petites exploitations artisanales dispersées au sud de l’actuelle ruine de Cabanis comme on peut le visualiser sur une cartographie ancienne des dépôts.

Haldes du Cabanis

Situé à environ 400 m SSW de Cabanis, ce site est accessible en remontant le ruisseau qui le draine. On atteint alors un épais dépôt de haldes grossières partiellement dénudées. Le contour donné par Géoderis au dépôt 30_0047_B ne représente que la zone des haldes grossières.

En aval de celle-ci, en rive gauche on retrouve des haldes constituées de matériaux hétérogènes avec notamment des dépôts fins ferrugineux.

En rive droite du ruisseau s’observe un épais recouvrement du versant par des sols sableux rougeâtres intégrant des blocs de dolomies à silex. La morphologie contrastée de ces dépôts avec des entassements de matériaux séparés par de fortes incisions évoquent une intervention anthropique. Aucun des travaux miniers n’étant répertorié sur ce site, peut-être s’agit-il d’une simple zone de prospection ?

Une incursion hors des sentiers

À louest de ce dernier, nous avions repéré une tache blanche sur la photo satellitaire, à environ 330m au SSE de Cabanis. Nous avons atteint cette zone à partir du chemin de Cabanis avec de grandes difficultés, la végétation, notamment la salsepareille rendant difficilement pénétrable laccès. Cette zone claire correspond à une prairie en pente de forme carrée de 22-23m de coté d’environ 1500/ 2000 m2 recouverte uniformément de fétuque, lune des plantes caractéristiques des déts miniers.

Prairie à fétuque, en amont du chemin du Cabanis

L’entaille dans le ruisseau limitrophe de la prairie montre que ce dépôt de haldes sur la pente se poursuit latéralement vers le nord.

D’ailleurs on retrouve dans le rapport Geoderis un document (Fig.6, p 24) qui montre un alignement de dépôts du SSW vers le NNE en direction de l’exploitation de La Coste. Cet alignement surmonte le ruisseau longé par le chemin de Cabanis. Ces exploitations sont situées en dehors des chemins. Rappelons toutefois que le secteur de Cabanis est très fréquenté durant la période de cueillette des châtaignes et champignons ou simplement sur les hauteurs de bouquets de thym . Ces dépôts issus « anciens travaux » devraient à l’avenir être identifiés ou signalés pour éviter des cueillettes. Par ailleurs, l’eau du vallon traverse temporairement la zone d’activité sportive du Stade de football et du skate parc. Sur ce dernier site, on peut se poser la question de l’origine du (léger) dépassement en plomb constaté.

Conclusions

Bien que sous un couvert végétal nettement plus conséquent que sur l’exploitation de La Coste, les anciens sites miniers de la Grande Vernissière et de Cabanis ne sont pas exonérés d’impacts sur l’environnement et corrélativement sur la population.

Sur le réseau de la Grande Vernissière, aux drainages provenant de la zone dexploitation, sajoutent ceux provenant des fines de laveries (FL sur la carte ci-dessous) conservées aux alentours de cette ancienne zone de traitement et dont les teneurs en métaux et m métalloïdes sont toujours très élevés

Celui de la Grande Vernissière est clairement impactant en raison des lessivages par le double réseau hydrographique passant au N de Durfort et au S de Fressac. Sur ce dernier réseau aux drainages provenant de la zone d’exploitation s’ajoutent ceux provenant des fines de laveries conservées aux environs de cette dernière.

Une carte de nos explorations est à disposition à la fin de ce document.Le site de Cabanis est aujourd’hui majoritairement sous un couvert végétal protecteur pour les écoulements d’eaux superficielles et parfois impénétrable pour l’accès des promeneurs, sauf pour les amateurs de cueillettes champignons, châtaignes thym, asperges qui ne sont pas prévenus !

 

Les cartes d’explorations 2025

Travail et article réalisés par André Charrière et Béatrice Llinares Graille